homélie 4ème dimanche de l’Avent C

« Lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, dit Elisabeth à la Vierge sa cousine, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » Dimanche dernier à la suite de notre Saint Père, la Porte Sainte s’est ouverte sur notre diocèse comme sur tous les diocèses du monde. « En passant la Porte Sainte, nous nous laisserons embrasser par la miséricorde » nous exhortait le pape François. Vous me direz : quel rapport entre les deux événements ?

Il y a une analogie à faire entre cet événement de la Visitation de la Vierge, qui est une visitation du Petit Roi de miséricorde dans le sein de Marie et cette année du Jubilé de la Miséricorde qui s’ouvre pour nous, comme un don de notre Mère Eglise. Marie est la figure de l’Eglise. Tout ce que nous pouvons dire de Marie, nous pouvons le dire de l’Eglise. “Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». Et aussitôt elle accomplit ce que l’Esprit du Seigneur lui dicte. Elle vient prêter main forte à sa vieille cousine et ainsi, l’Esprit du Seigneur visite Elisabeth et son enfant Jean-Baptiste qui tressaille d’allégresse.

Un jubilé par définition est une « année de grâce du Seigneur » une année de miséricorde, une visitation du Christ miséricordieux à son Eglise ; choisir de l’intituler « le jubilé extraordinaire de la miséricorde » vient renforcer le sentiment que le don de ce jubilé est celui de l’extrême miséricorde du Seigneur. D’ailleurs les propos du pape en sont imprégnés. Cela fait même peur à certains qui ont l’impression d’une miséricorde à bon marché. Mais nous ne pouvons pas soupçonner le pape de brader les trésors de L’Eglise. La vérité, st paul nous l’exprime quand il dit : « où le péché abonde, la grâce surabonde » (Rm 5, 20) « La miséricorde sera toujours plus grande que le péché, et nul ne peut imposer une limite à l’amour de Dieu qui pardonne. » car « la miséricorde est la seule condition de notre salut » (Pape François). Ni les sacrifices, ni les holocaustes, on pourrait ajouter ni aucune œuvre humaine n’ont la capacité de nous rendre saints, mais seulement l’Unique et Saint Sacrifice du Christ (Héb 10, 10) qui révèle les trésors de la miséricorde du Père. Comme la miséricorde s’est penchée sur la bassesse de sa servante, la Vierge immaculée – immaculée par pure grâce – comme elle s’est penchée sur la stérilité d’Elisabeth, comme elle s’est penchée sur Jean-Baptiste dès le sein de sa mère, de même, elle se penche sur la bassesse de notre Eglise affaiblie et divisée par le péché de ses membres ; elle vient rejoindre nos stérilités et redonner chaleur et vie à nos membres refroidis, afin que nous soyons prêts pour l’heure de notre délivrance qui approche : l’enfantement du règne glorieux du Prince de la Paix annoncé par le prophète Michée, où tous les frères seront ramenés dans l’unité d’un seule famille.

Quand la miséricorde est accueillie par le pécheur repentant, la conversion suit. Elle est une mise en route qui nous détache du péché, et qui change notre regard sur le pécheur, en adoptant le regard du Christ. Son regard n’est pas sentencieux, il est compatissant. Le père Bernard Bro a cette belle définition de la miséricorde. Il dit : « la miséricorde, c’est l’amour qui vit la misère de l’autre comme si elle était sienne ». Nous devons comprendre que notre civilisation qui cherche à s’édifier sans Dieu, génère une culture mortifère avec des structures de péchés qui rendent la conversion difficile. Tout n’est pas mauvais, notre civilisation a progressé, par la grâce de Dieu, mais son apostasie actuelle, la rend semblable à un tombeau. Il n’y a que la Miséricorde de Dieu qui puisse en rouler la pierre. A nous croyants en premier lieu, de nous laisser rejoindre par cette miséricorde du Seigneur ; faisons ce bref pèlerinage vers la Porte Sainte, de manière à la fois ecclésiale et personnelle, au sanctuaire de Valcluse ou ailleurs, peu importe, pourvu que nous prenions Marie chez nous, que nous nous mettions à son école pour n’offrir aucune résistance à la miséricorde. L’essentiel est de se laisser rejoindre par Jésus et Marie, comme Elisabeth et Jean-Baptiste, et d’adhérer de tout notre cœur à ce que l’Esprit dit à l’Eglise de Pierre. Désirons nous détacher du péché en fréquentant la Source de la grâce par les sacrements de réconciliation et de l’eucharistie, et prions plus que jamais, spécialement pour le pape qui nous ouvre les écluses du ciel, prions à ses intentions, dont les plus chères sont la paix du monde et l’unité des chrétiens qui en est la première marche.

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